LES REFUGIES JUIFS DU PAQUEBOT SAINT-LOUIS

Comment ne pas évoquer le sort de ces Allemands chassés de leur patrie pour le seul motif qu'ils étaient Juifs ? En effet, 937 d'entre eux dont 550 femmes et enfants furent autorisés à s'expatrier en contrepartie de la confiscation de leurs biens ! Le 13 mai, ils embarquèrent à HAMBOURG à destination de LA HAVANE sur le paquebot "SAINT-LOUIS" de la Compagnie Maritime HAPAG.

Mais, arrivés en vue de LA HAVANE, ils ne purent débarquer et de longues discussions furent engagées avec les autorités cubaines qui décidèrent de refouler purement et simplement le paquebot et ses passagers.

Ordre fut alors donné le 2 juin au Capitaine SCHRÖDER, commandant le navire, de regagner HAMBOURG au plus vite. Conscient que cette basse manoeuvre vouerait ses passagers à une mort certaine en Allemagne, il n'obtempéra pas et tenta en vain des démarches auprès des Etats-Unis et du Canada. Ne sachant plus où aller, SCHRÖDER adressa une dernière supplique à l'Angleterre, à la France, à la Belgique et aux Pays-Bas.

Le 10 juin, il se trouvait près des côtes anglaises et les pays contactés acceptaient enfin d'accueillir tous les passagers du "SAINT-LOUIS".

Sous la pression du Comité des Réfugiés créé en France, placé sous la présidence de Georges BONNET, et dont la secrétaire générale n'était autre que Louise WEISS, écrivain et future académicienne, notre pays accepta un contingent de 224 personnes.

Le 17 juin, le "SAINT-LOUIS" arrivait en rade de VLISSINGEN (Hollande) où il accueillait le comité français. Après l'entrée du paquebot dans le port d'ANVERS, le transbordement des 224 passagers attribués à la France put se faire sur un bâtiment en partance pour BOULOGNE-SUR-MER.

Arrivés en France au terme d'un périple cauchemardesque de plus d'un mois, les exilés trouvèrent enfin asile dans différents endroits avec l'aide du Comité des Réfugiés.

Hélas, leur situation n'était pas réglée définitivement pour autant et, le 1er septembre 1939, un décret imposait l'internement de tous les hommes de 17 à 65 ans. Les réfugiés étaient à nouveau touchés de plein fouet et considérés désormais, en tant que citoyens allemands, comme "ennemis de la France".

C'est ainsi qu'un certain nombre d'entre eux se retrouvèrent un peu plus tard à DAMIGNY puis, après mai 1940, dans d'autres camps français. Tous les espoirs qu'ils avaient mis dans la qualité de terre d'accueil de la France étaient anéantis.

Combien seront-ils à connaître plus tard l'enfer des camps d'extermination après avoir été livrés aux nazis ? Sans doute ne le saura-t-on jamais !

Pour son action courageuse, la mémoire du Capitaine SCHRÖDER sera honorée par Yad Vashem qui lui accordera en 1993 le titre de "Juste des Nations".

Mise à jour
04/08/2006